La Forêt de Luhan, c’est la construction d’un projet de résilience et d‘autonomisation face aux dérives de nos sociétés occidentales (consumérisme, individualisme, repli, capitalisme, libéralisme, désastre écologique). Critique par rapport aux modèles culturel, politique et économique en place, ce projet incarne une certaine forme de dissidence. Concrètement, il s’agit d’un collectif communautaire agricole qui favorise le vivre ensemble autour d’un projet de souveraineté alimentaire, culturelle, politique et financière, ouvert sur le monde.

Nous tentons d’incarner des valeurs de solidarité, de coopération et de respect de l’environnement. Il ne s’agit pas de partager les frais d’un logement, mais bien d’adopter un mode de vie plus simple, plus sain, plus essentiel, dans une émulation mutuelle, porteuse de dynamiques collectives positives et transformatrices. La confrontation avec l’Autre, en tant que miroir, est le plus sûr chemin vers la connaissance de soi, porte ouverte sur le monde. Nous sommes persuadés que les projets collectifs, la recherche de sens, à travers l’expérimentation, l’action, la réflexion et l’échange d’idées nous permettront d’inscrire un projet de vie cohérent bénéficiant à l’ensemble, des membres de l’habitat groupé collectif, à la communauté locale et à la société de manière plus large.

Notre habitat a vocation à devenir un projet de vie professionnalisant pour une partie d’entre nous. D’autres souhaitent rester orientés vers leur profession extérieure, tout en contribuant de manière concertée en fonction de leurs disponibilités au projet.

SOLIDARITE – COOPERATION – ACCUEIL – OUVERTURE – ALLIANCE NATURELLE -SIMPLICITE – DIVERSITE – SOUVERAINETE – LIBERTE – ENGAGEMENT – CO-RESPONSABILITE – EQUITE

L’habitat groupé est un moyen permettant de valoriser et d’expérimenter les valeurs de la solidarité et la coopération, valeurs innées ou intuitives mais abîmées par le modèle sociétal que nous connaissons (mondialisation capitaliste néo-libérale), qui formate et prédispose à davantage de concurrence et de liberté à n’importe quel prix.

Nous engageons donc notre énergie, notre force, notre créativité de manière dynamique et volontaire, tout en respectant les rythmes de chacun, les moments de faiblesses ou de découragements afin de fonder d’abord un projet solidaire qui recrée du lien. Nous encourageons le partage d’expériences, de savoirs, de pratiques, la mutualisation et la co-construction.

Nous sommes toujours en réflexion sur le continuum, la « tension » entre la dimension collective et solidaire d’une part, et les enjeux individuels (liberté, autonomie individuelle, rythme,…) que nous expérimentons depuis le début avec des réajustements réguliers.

ACCUEIL et OUVERTURE

Nous souhaitons que la forêt de Luhan soit un lieu ouvert, d’accueil : visite du site, échange de pratiques, accueil de groupes (randonneurs, jeunes en transitions, associations, ippj, écoles,…), chantiers participatifs, partenariats divers.

La Forêt de Luhan n’est donc pas uniquement un habitat groupé agricole mais bien un projet de vie global (lié par une fondation et une aisbl) qui mélange différents aspects : jardin-forêt nourricier, construction, vie privée, vie collective, communauté, projet pédagogique, convivialité, fêtes, évènements culturels, échanges de savoirs et savoirs-faire, ateliers, formations…

ALLIANCE NATURELLE et SIMPLICITE

Nous aspirons à développer un cadre de vie sain et harmonieux avec la nature. Nous souhaitons éviter un maximum tout type d’activité nuisible à l’environnement (humains, animaux, végétaux, climat). Nous visons à la diminution de nos impacts négatifs, ce qui inclut notamment :

  • le refus de la chimie et des produits phytosanitaires nuisibles en agriculture;
  • de minimiser nos quantités de déchets tout en favorisant la réutilisation et le recyclage;
  • un mode de vie sobre et le refus de la surconsommation;
  • la réduction de notre consommation énergétique et des moyens de transports polluants;
  • de privilégier les circuits alimentaire courts;
  • de minimiser l’impact écologique lié à nos consommations et de veiller aurenouvellement des ressources naturelles.

DIVERSITE

Les particularismes sont source d’enrichissements mutuels : nous valorisons la diversité des doctrines, des cultures, des traditions et des espèces vivantes. Les divergences d’opinion et de choix de vie sont inévitables. Nous tentons de valoriser le respect et la bienveillance en toute circonstance, en favorisant une communication non violente, en évitant les non-dits, en visant le respect des individus et du collectif.

Bien que chacun soit libre de penser ce qu’il veut, les comportements visant au rejet de l’autre (comportements homophobes, xénophobes, racistes, mysogines,… ) sont incompatibles avec les valeurs de la Forêt de Luhan.

SOUVERAINETE – LIBERTE

Dépossédé de son énergie vitale et de son pouvoir décisionnel, l’individu est déresponsabilisé. La souveraineté constitue donc une ligne directrice prioritaire de l’action au sein de la communauté. Par souveraineté, nous entendons capacités individuelles et collective à décider ce qui concerne le collectif que ce soit :

  • d’un point de vue politique : co-construction de règles qui nous sont propres, codécision, délibération, échange d’idées, analyse et argumentation, prise de décision au consentement.
  • d’un point de vue culturel : le mélange de nos sensibilités génère nécessairement une approche originale dans notre manière d’appréhender le monde. Nous encourageons cette créativité par notre curiosité et ouverture face aux propositions culturelles nouvelles et différentes, et par l’organisation d’évènements culturels alternatifs.
  • d’un point de vue économique : économie solidaire et circulaire via l’échange de biens et de services et le troc autant que faire se peut. Partage de savoirs, entraide, solidarité, complémentarité des compétences et ressources. Nous cherchons et construisons des dispositifs créatifs pour alléger l’impact des politiques de répartition des richesses et de la dette publique qui pèse sur chacun.

Nous créons un espace propice à l’expression de nos convictions, quelles qu’elles soient. Nous refusons les dogmes et nous encourageons à vivre nos intuitions, notre rationalité, notre sensibilité et nos savoirs, pour plus d’authenticité, d’intégrité et de cohérence.

Nous encourageons les pratiques médicales, scientifiques et thérapeutiques qui respectent notre équilibre et qui ne se contentent pas de soigner les symptômes.

Nous revendiquons le droit d’éduquer nos enfants selon notre éthique et nos convictions.

Nous refusons la dépendance abrutissante à la technologie, au « progrès », au développement, en favorisant un retour à plus de simplicité et aux « low-tech », sans toutefois rejeter aveuglément tout progrès technique ou scientifique.

ENGAGEMENT ET CO-RESPONSABILITE

Les membres de la Forêt de Luhan, pour qui ce projet constitue une priorité, garantissent actuellement la direction du projet en adéquation avec les statuts de l’aisbl et de la fondation. Bien que chacun soit évidemment libre de quitter le projet (pour des raisons internes ou externes), s’investir à la Forêt de Luhan, c’est prendre part à un projet qui dépasse simplement un cadre de vie. C’est s’investir dans une vie collective, une communauté à cultiver qui, bien qu’elle croie en la nécessité de penser, analyser et évaluer ce qu’elle fait, s’oriente dans une démarche pro-active basée sur le « faire ensemble ».

En passant du rêve à la réalité, nous constatons que le défi n’est pas simple. De nombreuses envies nous animent, et puis la réalité nous rejoint, avec ses contraintes de temps, de finances, de santé,… mais également avec ses enjeux humains autour de tensions entre donner et recevoir, entre liberté individuelle et fonctionnement collectif.

Pour jongler avec ces réalités, chaque membre est invité en fin d’année à définir ces engagements horaires pour l’année suivante, ses désidératas en termes d’activité et ses attentes financières. Nous tâchons de tenir compte des envies et capacités de chacun pour répartir collectivement les responsabilités. Néanmoins, chaque membre inclus (après les fondateurs) doit consacrer quelques heures à l’activité agricole au sens large, celle-ci justifiant notre présence en terre agricole et constituant un socle du projet. Nous veillons à répartir équitablement les tâches plus rébarbatives comme l’administratif et autres obligations. Nous tenons compte des réalités et besoins financiers individuels (ceux qui doivent travailler à l’extérieur ont évidemment moins de disponibilité pour le projet). Nous définissons en début d’année les mécanismes de rémunération en fonction des possibles. Lors des demandes d’inclusions, nous repensons les besoins du projet à ce moment-là, et dans une vision à long terme, pour pourvoir au minimum des projets engagés. Mais ceci est mis en balance avec la tension inverse, d’inclure sur base d’affinités et voir ce qu’il est possible de faire avec les énergies disponibles. Enfin, l’engagement et la co-responsabilité, c’est avant tout une question de posture POUR le projet et AVEC les autres. Une précision sur les postures favorisant un bon fonctionnement collectif à Luhan est reprise dans le ROI. Et biensûr, le projet se veut avant tout humain. Les épreuves de vie et situatinons personnelles peuvent évoluer et rendre (temporairement) impossible la tenue de ses engagement. Lorsque les choses sont exprimées clairement, le groupe cherche ensemble des solutions.

EQUITE PLUTOT QU’EGALITE

Nous ne sommes égaux ni dans nos compétences, ni dans nos ressources personnelles. Les parcours de vie, les motivations qui amènent des individus à vouloir prendre part à la Forêt de Luhan sont multiples et variées. Nous considérons que l’égalité, notamment économique, n’est pas une valeur fondamentale pour nous. Individuellement, nous sommes conscients que nous ne pourrions mettre en œuvre un tel projet. Cette position d’humilité par rapport à la nécessité de mettre en commun nos apports (tant en termes de finances que de ressources et compétences) préserve le collectif et chacun de ses membres des velléités de pouvoir inhérentes à l’individualisme.

Cette volonté d’équité dans la gestion et l’organisation des activités ne saurait se figer dans un modèle pré-établi. Les montages et décisions évolueront donc au gré de la réflexion et de la légitimité nécessaire que chacun des membres lui accordera, reflétant ainsi l’organicité du groupe, adaptable et ouvert au changement.

QUELS PROJETS A LUHAN ?

Le lancement des différents projets sera étalé dans le temps et fonction du développement du site. Outre les travaux d’aménagement, l’activité agricole est prépondérante et prioritaire. Ainsi, chantiers participatifs d’éco-auto-construction et agriculture forment la base sur laquelle se développe la plateforme d’éducation permanente. Ensuite, le développement et la diversification de l’activité agricole devraient permettre la mise en place d’un atelier de transformation alimentaire, des ateliers de sensibilisation, d’échange de savoirs et savoirs-faire, l’intention ultime étant la création d’une école à la ferme. A cela, s’ajoute l’organisation d’évènements culturels en lien avec nos valeurs.

JARDIN-FORÊT NOURRICIER

Micro-ferme agro-écologique mêlant culture fruitière, maraîchère, céréalière et petit élevage dans une perspective d’autonomie : œufs, fertilisation, entretien. D’autres animaux pourraient faire leur apparition sur le site (par exemple, des chevaux, des ânes) mais ce serait alors dans une perspective pédagogique et de participation aux travaux des champs.

Nous tenons à maintenir une filière courte du producteur au consommateur : des produits locaux distribués localement. En développant une plate-forme d’échanges, nous assurons une souveraineté alimentaire et favorisons un réseau autour de la ferme.

PETITE RESTAURATION

Création d’un espace d’accueil dédié à la découverte de nos produits locaux et de leur transformation de la manière la plus naturelle, écologique, nutritive et goûtue possible ; proposition d’un service de livraison de repas issus de nos productions et suivant nos valeurs pour des événements divers.

EPICERIE LOCALE

Espace de vente de nos produits, denrées alimentaires de base et artisanat local. Cette épicerie pourra aussi être un point de relais pour des artisans locaux (fromage, pains, fruits…)

GITE A LA FERME

Accueil de personnes, familles, groupes, classes en gîte et/ou chambres d’hôtes.

ATELIERS

Différents types d’ateliers pourraient prendre place à la Forêt de Luhan, favorisant le partage de savoirs, le renforcement des potentiels d’autonomie :

  • transformation alimentaire : valoriser les récoltes pour les conserver et les proposer à la consommation extérieure (tapenades et pestos, techniques de conservation, recettes crues, cuisine de plantes sauvages…)
  • pain
  • bois, soudure, mécanique, vélo, « low-tech», logiciels libres…
  • énergies renouvelables (PV, micro-éoliennes, pompes à chaleur, turbines hydrauliques…)

EVENEMENTS DIVERS

Développement d’activités scolaires, parascolaires, d’éducation permanente, ateliers artistiques, culturels et festifs, « team buildings » pour entreprises dans une optique de sensibilisation à d’autres types de gouvernance collective et modes de vie.

APPROCHE EDUCATIVE ET PEDAGOGIQUE

Notre vision pédagogique est résolument centrée sur l’action, sur l’expérience dans sa globalité. En effet, un apprentissage est efficace s’il relie l’émotion (affects), l’esprit (compréhension) et le corps (sensations). Nous souhaitons donc permettre à nos enfants et aux enfants qui fréquenteraient le lieu de développer harmonieusement leurs axes vitaux : pensée, cœur et corps. Nous aspirons à ce que les enfants s’émancipent, guidés par un cadre naturel et traditionnel que nous tentons de créer. Nous encouragerons donc les activités physiques dans la nature, l’expression artistique, la curiosité, l’esprit critique…

Les enfants restent sous la responsabilité de leurs parents mais l’ensemble des adultes de la communauté participent à leur développement, en leur rappelant les règles, en les initiant aux activités, etc. Nos enfants sont élevés dans l’esprit de l’habitat communautaire et dans le respect de nos valeurs. Nous voulons restaurer un environnement où les valeurs morales/spirituelles sont prises en compte. A terme, nous sommes séduits par l’idée de créer une école indépendante et ouverte sur le monde, où les enfants des alentours seraient les bienvenus.

CADRE DE VIE

  • 3 hectares de terres à Harzé, au lieu dit Luhan
  • 5 à 12 entités en lien avec le projet agricole et ses dérivés qui s’y établit.
  • Un bâtiment commun: cuisine, pièces de vie, buanderie, salle de bain, atelier, stockage
  • Un jardin-forêt nourricier + qu’un maraichage traditionnel
  • Espaces privatifs et gîtes avec impact écologique limité: habitat léger, yourte, cabane,…
  • Gestion écologique: lagunage pour la phyto-épuration de l’eau, toilettes sèches, panneaux solaires, éolienne, récupération des eaux de pluie, isolation optimale, voitures partagées, recyclage, matériaux de récup’, matériaux écologiques…
  • Intégré dans son environnement naturel: matériaux naturels (bois, argile, chaux), étude paysagère

STRUCTURE JURIDIQUE

Nous avons créé une double structure :

  • La fondation privée Forêt de Luhan pour pérenniser un patrimoine matériel, intellectuel, immobilier ou humain. Elle ne peut être dissoute et ne peut faire l’objet de droits de succession. Elle n’a pas de membres, donc pas d’assemblée générale, mais un simple conseil d’administration. C’est la fondation qui est propriétaire du terrain (à l’instar d’un « community land trust ») et du bâti. De l’ensemble des infrastructures. Il n’y a donc pas de principe de propriété privée à la forêt de Luhan. Tout appartient à la fondation. Cette fondation est financée actuellement par des prêts subordonnés, des « avances en fonds propres » effectuées par les membres du collectif à hauteur de leurs moyens (entre 10 et 70000 euros / individu actuellement). Ces « prêts subordonnés » ne donnent pas pour autant directement accès à un « droit d’habitat ». Le financement de la fondation n’est pas directement lié à son occupation (des financements pourraient venir de personnes extérieures au projets et des occupants des lieux pourraient ne pas financer le projet sous formes de « prêts subordonnés » mais bien sous forme de loyers).

Il ne s’agit donc pas d’une copropriété de personnes physiques ni d’un investissement immobilier classique sujet à spéculation. Mais bien de la mise en concours des énergies de chacun pour créer une personnalité juridique morale qui dépasse la somme des personnes physiques qui la constituent. La cause de la fondation étant désintéressée, il n’y aura donc pas d’enrichissements individuels. A terme, idéalement, la fondation pourrait / devrait (autant que faire se peut, en fonction de sa trésorerie) rembourser les « prêts subordonnés » des fondateurs, remboursement qui pourrait commencer selon un pourcentage infime et au prorata des différents « prêts subordonnés » après la troisième année de constitution de la fondation.

La fondation peut aussi recevoir des « apports à titre gratuit » (don) d’une association, par exemple…

  • L’A.I.S.B.L. Yggdrasil (association internationale sans but lucratif) pour gérer le développement économique et social du projet, dont le but est de créer une plate-forme d’éducation permanente. Là où la fondation abrite le patrimoine et les infrastructures, l’aisbl est la structure dynamique qui permet de gérer les activités en lien avec notre objet social (production alimentaire, ateliers, formations, accueil de groupes, vente de produits sains, sensibilisation, jardin-forêt…). Ces différents projets sont portés par les membres fondateurs, mais peuvent etre renforcés ou délégués à d’autres types de membres, qui ne vivent pas sur site mais participent à la vie de Luhan.

PROCESSUS DE DECISION

Nous visons la gestion par consentement en ce qui concerne les prises de décision.

« Là où, pour agir, le consensus exige que tous les participants à une décision soient unanimes, le consentement se contente du fait qu’aucun membre n’y oppose d’objection raisonnable. Une objection est jugée raisonnable si elle bonifie la proposition à l’étude ou l’élimine complètement. L’objection n’est plus synonyme d’obstruction mais d’identification de limites, de tolérances qui deviennent les conditions de réalisation de la proposition. Le processus permet de faciliter l’identification de ces conditions et la mise en pratique des décisions ».

En cas de difficulté à parvenir au consentement, une personne externe (médiateur, facilitateur,…) peut être appelée pour permettre de dénouer une situation. Si, après le recours à une personne externe, une décision unanimement consentie ne peut être obtenue, la décision pourra alors être prise à la majorité des 2/3 des voix des membres présents ou représentés. Cette disposition n’est pas applicable aux décisions de modification aux statuts, ainsi qu’à l’inclusion d’un nouveau membre, pour lesquelles l’unanimité est indispensable.

Les attributions des parties communes ET privatives se fait également à l’unanimité. Ces attributions sont flexibles et susceptibles de changer dans le temps en fonction de l’évolution du projet.

L’avis des enfants doit être pris en compte.